23.juilCa sent encore l’été, malheureusement on n’a pas eu de vacances
| Ca fait des plombes que je n’ai pas eu un été un peu tranquille (au moins en partie, parce qu’il faut pas rêver, le boulot reprend de plus belle). Tout ca pour dire que je ne suis pas en vacances. Mener de front vie professionnelle et vie personnelle, c’est le défi de la plupart d’entre nous. Même en courant toute la journée, toute la semaine, toute l’année, nous n’avons pas assez de temps pour tout faire. Voici quelques points pour comprendre pourquoi nous menons une vie de fou… et surtout pour donner un sens à cette course haletante. |
Reconnaître que le travail a pris une place démesurée
Pressions, réunions, embouteillages… Répétition quotidienne d’une course contre la montre. Fatigue, migraine, insomnie… Pourtant, nos grands-parents abattaient des journées de 12 heures sans flancher. Sommes-nous devenus de «petites natures»?
Serge Marquis, spécialiste en gestion de stress, s’interroge plutôt sur l’évolution des valeurs: «Avant, le travail occupait une place équilibrée par rapport à d’autres dimensions, notamment les dimensions qui permettent aux être humains de se construire: la famille, la communauté, la religion. Maintenant, le travail est au centre de la vie». Non seulement on se définit par le travail mais, le plus souvent, on gère sa vie de la même manière. Avec des objectifs de performance et le poids des obligations. Ainsi, on ne va plus se prélasser au bord de la mer: même en vacances, on se planifie un horaire chargé d’activités. Et on ne prend pas tellement plaisir à se fricoter un repas… quand on revient du bureau à 20 h plutôt qu’à 18 h. Les imprévus dérangent. «La vie est devenue un job».
Donner du sens à notre vie et à notre travail
On travaille pour une entreprise, pour un salaire, pour une promotion, pour payer l’hypothèque, pour faire vivre sa famille, pour acheter une maison. On travaille pour … La carotte au bout du bâton. Une drogue dont le dosage doit sans cesse augmenter. On fonctionne par stimuli-réponse, comme le chien de Pavlov. Et on finit comme le chien de Pavlov par ne plus sentir le choc électrique, aussi intense soit-il.
Et si on travaillait «parce que» plutôt que «pour». Dans ces deux petits mots, on voit apparaître la notion de sens. Carl Jung disait que «la possibilité de donner un sens à quelque chose permet de supporter presque tout, et que l’absence de sens conduit à la maladie».
La Truite et le Clochard raconte l’histoire d’un sans-abri rejeté par tous, y compris par … les poubelles. Devant cet échec, le malheureux doit faire un choix: pleurer sur son triste sort ou travailler à sa propre réalisation. Il décide de se consacrer à la dépollution d’une rivière parce qu’il sait qu’ainsi il pourra se sentir utile. Morale de l’histoire? C’est en nous engageant dans un projet qui nous ressemble, et sur lequel nous avons un certain contrôle, que nous pouvons trouver un sens à notre vie.
Réajuster notre relation au temps
Technologie, facilite-moi la vie! Prière entendue, mais promesse à moitié tenue. Car l’efficacité a un prix, celui de la disponibilité. Boîte vocale, pagette, cellulaire, courrier électronique. Il faut répondre immédiatement. Au travail, en auto, à la maison. À toute heure du jour et de la nuit. Aux oubliettes, la «jasette» avec le voisin: il faut appeler subito presto le client paniqué ou la belle-mère organisée. Pas moyen de décrocher, dans les deux sens du terme!
Selon Serge Marquis, la technologie a modifié radicalement notre rapport au temps. Un temps d’attente qui nous semblait acceptable il y a seulement quelques années devient très dur à supporter…
«On confond action et agitation. Quand on est reposé, on pose des gestes efficaces. Quand on est stressé, on fait une multitude de petits gestes qui donnent l’illusion de l’efficacité. On se grise d’être au travail, on confond sueur et résultats». Pire: on va au bureau par un beau samedi ensoleillé et, par manque de concentration, on ne fournit que l’équivalent d’une petite heure de labeur.
Apprivoiser le méchant loup… qui est en nous
Animal, nous sommes et resterons. Pour tout être vivant, le stress est le réflexe de défense devant la menace. Hier, le loup. Aujourd’hui, la crainte de perdre son job, sa femme, sa maison, ses enfants, sa collection de disques, alouette! La crainte la plus lancinante ne vient pas de l’extérieur, mais de l’intérieur: c’est souvent notre propre peur de ne pas atteindre nos normes de performance.
Car, s’il est vrai que le contexte et le rythme de travail ont changé, de vastes études ont confirmé que la semaine de travail s’est bel et bien allongée, la véritable menace vient le plus souvent de nous-mêmes, de notre propre perception des événements. Selon Serge Marquis, nous aurions tout simplement «intériorisé le loup» …
Et nous aurions avantage à faire notre «examen de croyances» afin de mieux arrimer nos perceptions à la réalité. Est-ce qu’on a vraiment besoin de lire tout ça pour être compétent? Est-ce qu’on ne pourrait pas se limiter à certaines publications? Est-ce que la perte d’un emploi rimerait automatiquement avec la perte de la maison?
«Souvent, la crainte de perdre son emploi est irréaliste, estime Jacques Lafleur. Car, dans la très grande majorité des cas, la perte d’emploi n’est pas liée à la performance de l’individu.» Des travailleurs perdent leur job quand l’entreprise ferme une division, par exemple. De plus, selon lui, les personnes qui font un burn-out sont généralement celles qui sont les plus appréciées par les patrons… qui leur ont parfois déjà dit qu’elles en faisaient trop!
Apprendre à supporter l’imperfection
«Le péché, ce n’est plus la paresse mais hyperactivité!» lance Jacques Dufresne. Entre le 5 à 7 d’affaires, il n’y a tout simplement pas de place pour le repos, voire pour le plaisir. Si on apprenait à doser nos occasions de stress, à être moins parfaits? Si on acceptait de reporter et de choisir, autant les obligations que les plaisirs? Et si on se donnait l’obligation de se reposer…
«La question n’est pas de savoir si on a ou non raison d’être fatigué, mais de se rendre compte de sa fatigue et d’y remédier en se reposant, en faisant des choses intéressantes et, parfois, en changeant d’attitude.» Sans cette vigilance, on risque tout simplement de ne pas pouvoir se lever un de ces bons matins et de rejoindre tel ex-collègue sur la liste des accidentés de la vie…
Être plus critique avant de dépenser
On devra «travailler fort» pour pouvoir payer tout ce qu’on a choisi de considérer comme indispensable. Et supporter un rythme de vie dont nous nous plaignons souvent.
Pourtant, toutes les dépenses ne sont pas inéluctables: on peut revoir ses choix. Il est souvent possible de se priver temporairement d’un plaisir plutôt que de s’endetter pour obtenir une satisfaction immédiate… Et ainsi réduire notre stress.
Passer à l’action au lieu de ruminer
Gérer son stress, c’est aussi se donner les moyens d’agir. En passant à l’action, on rumine moins. Nos démoralisations quotidiennes nous empêchent trop souvent de bouger. On a l’impression que le monde gère notre vie. On s’imagine qu’on n’a aucun pouvoir. On est malheureux? Un tel a été méchant. On est surchargé? C’est la faute du patron. Or, le plus souvent, on peut influencer le cours des choses.
On essaie souvent de régler les mêmes problèmes avec les mêmes solutions. Si ça fait 100 fois qu’on répète la même chose et que la personne ne comprend toujours pas… il y a nécessairement quelque chose que nous n’avons pas compris nous-mêmes!
Et ce que nous n’avons pas compris, c’est qu’il serait temps de changer de stratégie! Et si ça ne fonctionne toujours pas? Pour mettre fin à l’angoisse, on pense souvent qu’il faut régler définitivement la question. Malheureusement, ce n’est pas toujours possible. Passer à l’action signifie aussi apprendre à tolérer ce que l’on ne peut changer.
Exercer notre corps pour aiguiser notre conscience
C’est bien connu, le sport réduit le stress et favorise la détente. Plus encore, le simple fait de penser à la pratique d’une activité physique serait suffisant pour provoquer un impact positif! «L’activité physique donne des ressources pour mieux affronter les situations de stress. Elle permet d’évoluer à un niveau de pensée supérieur, d’ouvrir les perspectives». Autrement dit, on se concentre moins sur les détails d’un problème, davantage sur les solutions.
Mais attention… Faire du sport ne rime pas nécessairement avec trois exténuantes séances de jogging hebdomadaire! «Il faut choisir une activité qu’on aime pour être capable d’en tirer des bénéfices». Et on se garde de tomber dans le piège de la performance! Ce ne sont pas les kilomètres ou les longueurs de piscine qu’on calcule, mais le bien-être qu’on apprécie…
Partager le plaisir de vivre
«On a moins peur du loup lorsqu’on est dix à l’affronter». La clé? S’entourer de gens aptes à offrir du soutien. Nourrir les relations précieuses. S’approcher de tout ce qui peut s’avérer protecteur. Au quotidien, on prend le temps de s’informer de la santé de sa collègue, de passer chez son meilleur ami. Nous sommes des vivants et avons besoin des vivants. Se rapprocher des vivants, c’est prendre le temps de partager un repas, même un dîner d’affaires, c’est organiser une rencontre à l’extérieur plutôt qu’entre quatre murs gris…
Changer de vie?
Stress, burn-out, épuisement professionnel, dépression, fatigue chronique, somatique, maladie émotive… Notre vocabulaire s’est enrichi d’une flopée de mots évoquant notre crise existentielle. Face à cela, des gourous nous invitent à faire le deuil de l’idéal de surabondance de l’après-guerre et à adopter un art de vivre modelé sur la qualité de vie. Simplicité volontaire, indépendance financière et autres approches ont toutes la même philosophie: le meilleur choix de vie est celui qui nous laisse un maximum de temps.
Changer de vie est-ce possible? «Oui, répondent sans hésitation les spécialistes, à condition d’en faire une affaire personnelle.» À chacun de prendre un moment pour trouver un sens à sa vie et chercher des solutions en vue d’adopter le rythme de vie qui lui convient.
Je pense qu’il faut s’arrêter pour réfléchir même si on n’a pas le temps, surtout si on n’a pas le temps. J’espère qu’on se retrouve tous dans cette situation.
Et vous? Vous avez des vacances, certainement oui, alors profitez en!
Ce billet a été posté le Mercredi 23 juillet 2008 @ 21:19 et il est rangé dans la categorie Humeurs. Vous pouvez suivre les commentaires de ce billet par ce lien RSS 2.0. Vous pouvez participer ou faire un trackback depuis votre blog.